Rozenn, Maod et Berc’hed
Rozenn, Maod et Berc’hed vivaient à l’écart du monde, dans une chaumière battue par les vents, entre lande et rochers. On disait qu’elles voyaient ce que les autres refusaient de regarder, qu’elles entendaient les murmures anciens de la terre et de la mer.
La plus âgée, Rozenn, portait sur son visage les marques du temps et du savoir ancien. Maod, plus robuste, connaissait les plantes, les racines et les remèdes. Quant à Berc’hed, la plus jeune, son regard semblait déjà tourné vers l’invisible.
Autour du feu, entre fumées, herbes et ossements, elles façonnaient les destins sans jamais les nommer, fidèles à des lois plus anciennes que celles des hommes.
Un héritage insulaire ancien
Les “trois sorcières” ne surgissent pas du néant. Leur figure s’inscrit dans une mémoire plus ancienne, évoquée dès l’Antiquité par l’auteur latin Pomponius Mela, qui mentionne l’île de Sena, habitée par neuf prêtresses capables de lever les tempêtes et de prédire l’avenir.
Si l’identification géographique demeure discutée, la tradition bretonne a souvent rapproché cette île des terres du Ponant. Avec le temps, ces prêtresses sont devenues, dans le regard chrétien, des sorcières — non plus gardiennes d’un culte, mais survivances d’un monde ancien.
Résistance et mémoire
Dans le roman, Rozenn, Maod et Berc’hed ne sont pas les descendantes directes d’un druidisme intact. Elles incarnent plutôt la persistance d’un imaginaire insulaire, attaché aux cycles naturels et aux forces marines, au moment où l’unification chrétienne tente d’effacer ces traces.
À travers elles se joue une confrontation entre mémoire et doctrine, entre continuité symbolique et volonté d’éradication.