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Un roman historique, avant tout

retour n’a d’autre ambition que celle d’un roman historique. Il ne prétend ni reconstituer exhaustivement une époque, ni trancher des débats historiographiques encore ouverts. Il s’appuie cependant, avec la plus grande fidélité possible, sur un ensemble de sources qui ont nourri l’écriture et orienté le récit.

Une période mal connue

L’histoire du VIe siècle en Bretagne et en Irlande demeure largement fragmentaire. Malgré les progrès récents de la recherche, les certitudes restent rares et les chronologies souvent incertaines. C’est pourquoi aucune date précise n’a été mentionnée dans le roman, l’essentiel étant de préserver une cohérence d’ensemble.

La légende d’Azénor et saint Budoc

Le roman reprend, dans ses grandes lignes, la légende d’Azénor telle qu’elle nous est parvenue à travers plusieurs versions. L’une des principales sources d’inspiration a été la Vie de saint Budoc, issue des Vies des saints de la Bretagne Armorique d’Albert Le Grand, hagiographe breton du XVIIe siècle, s’appuyant sur des manuscrits anciens aujourd’hui disparus.

Il est à noter que ce texte ne mentionne pas l’école monastique de Lavrec, pourtant attribuée à Budoc dans d’autres vies. Cette divergence renforce l’hypothèse selon laquelle plusieurs saints distincts auraient porté le nom de Budoc.

Sources irlandaises et archéologiques

Pour les saints irlandais, l’inspiration provient principalement de l’ouvrage du révérend John Healy, Insula Sanctorum et Doctorum (1912), qui demeure une référence malgré son ancienneté.

Concernant l’île de Lavrec, les rapports de fouilles de Pierre-Roland Giot, menés entre 1977 et 1983 et aujourd’hui accessibles en ligne, ont constitué une source essentielle.

Le Livre desconquêtes d’Irlande

Les textes irlandais primitifs, et notamment le Lebor Gabála Érenn (Livre desconquêtes d’Irlande), qui sert de toile de fond au roman, nous sont parvenus à travers de nombreux manuscrits. S’il existe des traductions partielles en français, aucune traduction intégrale académique n’est aujourd’hui disponible.

Des extraits et commentaires figurent cependant dans de nombreux travaux consacrés au monde celtique, notamment ceux de Christian-Joseph Guyonvarc’h et de Françoise Le Roux. Les traductions intégrales existantes sont en revanche accessibles en anglais, en particulier celle de R. A. Stewart Macalister.

Entre histoire et mythe : une liberté assumée

Ce roman n’est ni une thèse, ni une tentative de restitution définitive d’un VIe siècle insaisissable. Il est né d’un dialogue entre les sources et l’imaginaire. Les textes anciens — hagiographies, chroniques, légendes — ne sont pas ici traités comme des archives figées, mais comme des récits vivants, porteurs d’une mémoire et d’une vision du monde.

Mon travail n’a pas consisté à combler les silences par des certitudes, mais à habiter ces silences. Là où les sources divergent, se contredisent ou se taisent, la fiction prend le relais. Non pour corriger l’histoire, mais pour en explorer les possibles humains : les doutes, les tensions spirituelles, les ambitions politiques, les fragilités intimes.

Le mythe, dans cette perspective, n’est pas l’opposé de l’histoire. Il en est parfois la trace la plus durable. La légende d’Azénor, comme celle de saint Budoc ou les récits du Lebor Gabála Érenn, constitue moins un document qu’un horizon symbolique. C’est dans cet espace intermédiaire — entre le vraisemblable et le transmis — que le roman trouve sa place.

J’assume donc pleinement la part de liberté qui traverse ces pages. Les personnages historiques côtoient des figures fictives ; des épisodes attestés s’entrelacent avec des scènes imaginées. L’objectif n’est pas de trancher les débats, mais de proposer une lecture sensible d’un monde en formation, où spiritualité, pouvoir et identité se redéfinissent.

En ce sens, Le Testament d’Azénor est moins une reconstitution qu’une interprétation. Une manière d’interroger le passé pour éclairer des questions qui, elles, demeurent profondément contemporaines.