Portrait de Gwenc’hlan

Gwenc’hlan

Comment se prononce Gwenc’hlan en breton ?

« Son nom est Gwenc’hlan. C’est un barde, un homme du passé… »

Budoc se raidit. Ce n’était pas n’importe quel barde. Gwenc’hlan était renommé pour ses prophéties… Les bardes n’étaient pas de simples conteurs, ils étaient les dépositaires des légendes, les derniers héritiers des druides, ceux qui se souvenaient des temps où les rois celtes prêtaient serment sous la loi des poètes. Cependant, il n’était pas là pour parler de Gwenc’hlan.

— « Toi, roi Deroch, tu me juges coupable parce que j’ai parlé, parce que j’ai prédit. Mais moi, je n’ai jamais tué. J’ai dit ce que les vents chuchotent aux chênes, ce que les rivières murmurent aux rochers. J’ai lu dans les étoiles ce que d’autres ont refusé de voir… »

Il marqua une pause, scrutant l’assemblée, et poursuivit :

— « Tu me demandes de renier mes divinités, mais elles sont plus anciennes que ta religion. Elles étaient là bien avant que ton Christ ne foule la terre. Elles sont dans l’océan qui gronde, dans la foudre qui frappe les sommets, dans le chant du corbeau et la danse des saisons… »

Il se redressa fièrement, dominant un instant tous ceux qui l’entouraient.

— « Renier mes dieux, ce serait renier ma voix, renier la vérité elle-même. Ce serait me trahir et trahir ceux qui, depuis des générations, ont porté la parole des druides et des bardes. »

Un barde de Tréguier

Gwenc’hlan (parfois nommé Kian, Guinclaff ou Gwynglaff selon les traditions) est un personnage légendaire qu’on situe volontiers au VIe siècle, sur la côte du Trégor, « entre Roc’h-Allaz et Porz-Gwenn ». Il apparaît comme une figure de la parole ancienne : celle qui précède l’écriture, la doctrinalisation, et le récit officiel.

La “Prophétie de Gwenc’hlan”

Dans la tradition popularisée par Hersart de La Villemarqué (Barzaz-Breiz), Gwenc’hlan est emprisonné et aveuglé pour avoir refusé la conversion. Sa plainte devient prophétie : visions de renversements, de violences, d’un monde qui se déglingue — et promesse d’une vengeance symbolique. Le texte frappe moins par ses “prédictions” que par sa puissance d’évocation.

Authenticité, réécritures, controverses

La question de l’authenticité du Barzaz-Breiz a longtemps divisé. Francis Gourvil a soutenu une thèse très critique, voyant dans Gwenc’hlan une construction littéraire. D’autres travaux (notamment ceux qui ont pris en compte les carnets de collecte et les strates de transmission) invitent à une lecture moins binaire : tradition orale, réécritures, “mise au point” romantique… et peut-être, à l’origine, un noyau populaire réel.

Le “Dialogue avec le roi Arthur”

Un autre texte, copié au XVe siècle (et redécouvert au XXe), met en scène un dialogue entre Arthur et Gwynglaff. Il ne prouve pas l’existence historique du barde, mais confirme l’importance d’un motif : l’homme sauvage, prophétique, placé sur la crête entre mythe et politique.

Rôle dans le roman

Dans Le Testament d’Azénor, Gwenc’hlan n’est pas une “archive”. Il est une pression exercée sur l’époque : l’ombre d’une parole païenne, indocile, qui contredit l’idée d’une conversion nette et pacifiée. Sa présence introduit une inquiétude : et si le christianisme imposé n’avait pas tout recouvert ?

Gwenc’hlan est, au fond, une question posée au récit : qui écrit l’histoire ? et qui a le droit de dire l’avenir ?

Pour approfondir : Christian Souchon, « Gwenc’hlan » , et R. Largillière, Annales de Bretagne, 1925, p. 288-308 .